samedi 21 octobre 2017

Orhan Pamuk , Cette chose étrange en moi

Référence : Orhan Pamuk , Cette chose étrange en moi, éditions Gallimard, traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, 688 pages, 2017

« le centre d’un roman est une opinion ou une intuition profonde sur la vie, un noyau de mystère enfoui à l’intérieur, réel ou imaginé. C’est pour explorer ce lieu, en découvrir les implications, que les romanciers écrivent ».
C
onférence à l’université d'Harvard, 2010 



         Orhan Pamuk à Istanbul

Après Neige (2005), son roman le plus connu, prix Médicis étranger, abordant la question d’une Turquie divisée entre laïcité et  islamisme, et le Musée de l’innocence (2011), histoire de l’amour fou de Kemal pour Füsun, une passion obsessionnelle et fétichiste, Orhan Pamuk aborde cette fois avec Cette chose étrange en moi un récit épique et foisonnant. [1]

Dans Cette chose étrange en moi, il reprend son dialogue avec "son cher Istambul" à travers  la vie d’un "cœur simple", le genre enfant du peuple qui a contribué à porter les islamistes au pouvoir.
Ce "cœur simple" s’appelle Mevlut Karatas, vendeur des rues à Istanbul, et symbolise tous les contrastes de la Turquie contemporaine.

         
        Orhan Pamuk et sa fille  

Entre Istanbul et Orhan Pamuk, c’est la passion, une osmose de toujours, une interrogation fondamentale aussi quand il s’interrogeait déjà dans Istanbul en 2003 sur le hasard de la naissance : : « Que signifie être né à tel endroit du monde et à tel moment de l’histoire ? » Du Livre noir écrit en 1990 au Musée de l’innocence en 2008 jusqu’à Cette chose étrange en moi, l’ancienne capitale ottomane parcourt ses textes comme le lien suprême qui marque son œuvre.

En 1982, ­Mevlut a 25 ans et, avec l’aide de son cousin, il s’apprête à enlever la jeune fille qu’il aime et veut épouser. Mais voilà, les choses ne se déroulent pas comme prévu et la jeune femme avec laquelle il s’enfuit n’est pas la bonne mais sa sœur aînée, bien moins ravissante. Supercherie à laquelle il passe outre en l’épousant.

Un bon gars en somme, pas rancunier, qui prend ce que la vie lui donne, « Mevlut n’était pas sans penser que sa plus grande force dans la vie, même dans ses plus mauvais jours, c’était son optimisme — un optimisme que d’aucuns taxaient de naïveté —, sa capacité à tout prendre à la légère, à voir les choses du bon côté. »

               
Orhan Pumuk à Paris en 2017               Orhan Pumuk chez lui à Istanbul


Il est temps de faire sa connaissance et de remonter dans le temps, vers son enfance, de retricoter les fils de sa vie. Mevlut s’installe à Istanbul à l’âge de 12 ans et devient vendeur de rue, livrant yaourt et riz pilaf, faisant corps avec cette ville qui n’aura bientôt plus de secrets pour lui. Le soir, Mevlut vend de la boza, la boisson traditionnelle longtemps prisée des Stambouliotes. 

« Il y a de l’alcool­ dans la boza, mais très peu. A l’époque ottomane, les gens pieux désireux de s’égayer un peu affirmaient au contraire qu’il n’y a pas d’alcool dans la boza, comme ça, en toute bonne conscience, ils pouvaient […] goûter à l’ivresse. Mais quand Atatürk a libéralisé la consommation du raki et du vin à l’époque républicaine, la boza a perdu sa raison d’être », explique un stambouliote. Derrière cette anecdote se profile aussi l’évolution de la Turquie contemporaine dont Pamuk nous entretient.

Finalement, Mevlut est un "turc moyen" avec son quotidien fait d’amour et de vie de famille, aux ambitions modestes que Pamuk instille dans son récit à travers le témoignage d’autres personnages, des anecdotes sur sa vie familiale et domestique, l’évolution des quartiers et des mœurs, le rôle de l’islamisme, tableau qui lui permet de dessiner un portrait de la ville et de ses habitants.

Pour Mevlut, Istanbul dans ses mutations devient plus difficile à saisir, car « certains soirs, la ville se transformait en un lieu plus mystérieux, plus inquiétant. Ces rues toutes récentes fourmillaient de signes qu’il ne connaissait pas… » 

Malgré tout, l’osmose existant entre Mevlut et Istanbul prend corps dans les deux sous-titres qui en déterminent : La vie, les aventures, les rêves du marchand de boza Mevlut Karatas et l’histoire de ses amis & Tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012, vue par les yeux de nombreux personnages.


 
« Aujourd’hui, les bombes sont plus fortes que nos mots. »


Lui le rêveur « au visage poupon » et « au regard intelligent », a choisi de voiler la réalité, de rejeter l’ambition et le combat nationaliste. Ses cousins ont fait un autre choix, ils ont décidé de s’enrichir rapidement dans l’immobilier tandis que Mevlut tente chaque soir de vendre difficilement ses bozas depuis qu’elles sont de plus en plus supplantées par le raki. 

Mais si jusqu'à présent ses romans se déroulaient dans l'Istanbul opulente des quartiers occidentalisés, cette fois Orhan Pamuk nous emmène dans les quartiers populaires, misérables et turbulents, ceux des bidonvilles et des banlieues où se déroulent des vies ordinaires sans relief.


Notes et références
[1] Le titre choisi "Cette chose étrange en moi" fait référence à un poème de William Wordsworth :
« Je fus parfois troublé de soucis de prudence,
Et, plus que tout, d'un sentiment d'étrangeté,
L'impression que je n'étais pas pour cette heure,
Ni pour ce lieu.
»

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mardi 17 octobre 2017

Paul Gauguin au Grand Palais

        ------------------------  Gauguin l'alchimiste  ------------------------
 
Référence : Exposition 2017-18 Paul Gauguin (1848-1903) au Grand Palais

               
L'affiche de l'exposition [1]             L'E-album de l'exposition


Cette exposition au Grand Palais retrace une carrière multiple pendant laquelle il a exploré des domaines artistiques très divers : peinture, dessin, gravure, sculpture, céramique... Toutes ses œuvres mettent en lumière le travail d'investigation de l’artiste, ses recherches sur la matière, la présence de thèmes et des motifs récurrents.
On trouve ainsi
présentés 55 peintures, 30 céramiques, 30 sculptures et objets en bois, 15 bois gravés, 60 estampes et 35 dessins.

                                                                                           autoportrait de 1888
Une exposition qui, selon le Parisien, possède du rythme, portée par des oeuvres rares, une démarche qui permet de reconstituer certaines de ses séries, de se plonger dans son atelier en revivant ses enthousiasmes et ses doutes. Pour Le Figaro, "Gauguin est un ogre qui absorbe tout pour générer un art total." 

L'art de Gauguin s'apparente à « une métaphysique succédant à une physique », écrivit André Breton dans L'Art magique. Gauguin cherche à être en prise avec le matériau – tous les matériaux – pour ensuite mieux les intégrer à sa quête poétique.

         
                       Autoportraits de Gauguin


Présentée de manière chronologique, l'exposition à travers les nombreux prêts prestigieux qu'elle a reçus, se déroule à partir de son éveil artistique en Bretagne, avec un clin d'œil à ses maîtres Degas et Pissarro, qui lui donnent envie de peindre les danseuses et les paysages de Bretagne, puis, elle aborde le Gauguin voyageur en emmenant le visiteur dans ses voyages à Tahiti, en Martinique, dans les îles Marquises, où il découvre la richesse d'une nature luxuriante et sensuelle.
.
C'est en 1901 que Gauguin quitte le monde "civilisé" pour partir au loin, dans l’archipel reculé des Marquises, où il construit sa « Maison du Jouir », une bâtisse inspirée des maisons maories avec une belle symétrie et des motifs féminins sur la devanture, affichant ces deux maximes « Soyez amoureuses, vous serez heureuses » et « Soyez mystérieuses ».

Gauguin, le droit de tout oser : le colloque du Musée d'Orsay

A l'occasion de cette exposition, le musée d'Orsay organise également un colloque sur l'état des lieux de la recherche, à partir des découvertes les plus récentes sur l'œuvre de Gauguin.
    
1- L’entrée de sa maison à Atuona île de Hiva Oa
2- L'entrée de la maison encadrée dans sa partie supérieure par cinq panneaux sculptés polychromes inspirés des reliefs de Borobudur et des frises du Parthénon


            
         Fe
mmes de Tahiti – Orsay                              Soyez mystérieuses - Orsay 

Repères sur le contenu du colloque
Le processus créatif de Gauguin
- Peindre de mémoire : en regardant les natures mortes de Gauguin (1886-88)
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L'alchimie des tropiques : matérialité de la sculpture tahitienne de Gauguin (1891-1893)
- Les techniques de peinture de Gauguin en relation avec son travail dans d'autres médias
- L'accident et l'intention : céramiques et bois de Gauguin
Transgresser les disciplines- Oviri et la "sculpture céramique" 
- La Maison du Jouir : un lieu pour l'art et la vie
- Gauguin inventeur du "ready-made" ?
Correspondances artistiques et littéraires
- Tahiti : Gauguin face à la photographie
- Le spectre de l'Europe obscurantiste
- Gauguin, un sauvage musical
- La langue selon Gauguin, ou la vahiné et le corbeau
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Notes et références
[1] Exposition organisée par l’Art Institute of Chicago, l’Etablissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie et la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, Paris. 

* Voir aussi mon article Paul Gauguin céramiste --
* Voir aussi les articles de la catégorie Arts plastiques --


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vendredi 13 octobre 2017

Margrethe Vestager, commissaire européenne

Margrethe Vestager, « dame de fer de Bruxelles » et bête noire de la Silicon Valley

Cette femme politique danoise s’est fait connaître en combattant notamment les géants du Web à la Commission européenne...
      
La commissaire européenne Margrethe Vestager le 7 décembre 2016 à Bruxelles

Elle est surnommée la « dame de fer de Bruxelles ». Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, est l’une des principales personnalités de l’exécutif de l'Union européenne mais reste peu connue en France. C’est dommage car elle représente le type de politique qui ne transige pas sur l’application de la législation européenne.

Elle réclame 13 milliards d’euros à Apple
A l’été 2016, l’UE demande à Apple de rembourser plus de 13 milliards d’euros à l’Irlande, où l’entreprise californienne a installé son siège européen en 1980. En effet, l’État irlandais ne soumettait pas l’entreprise au taux d’imposition sur les sociétés (déjà plutôt avantageux, à 12,5 %), mais à un taux bien moindre, et ce depuis 1997.

L’information est fort mal reçue dans la Silicon Valley. Le patron d’Apple se répand dans la presse contre « une décision politique basée sur aucun fait ni aucune loi ». (ce qui est une contre vérité). Avec cette sanction historique, la quadra Danoise est mise en lumière et fait la une des médias.

Le Bureau européen des unions de consommateurs (le BEUC) salue son courage : «Elle n'a pas peur de l'industrie, elle ne se laisse pas influencer par les lobbies d'arrière-garde. Almunia, son prédécesseur, était tout près de valider un accord à l'amiable avec Google, malgré l'insuffisance patente des changements de pratiques proposés par l'entreprise. » Comme l'a noté Frank Montag, expert mondial du cabinet Freshfields, « elle a une formation en économie, elle va directement au but, très à l'aise. Elle parle aisément sans note. »

Nommée commissaire européenne en novembre 2014, elle intervient dans le domaine du pénal, sanctionnant les abus de position dominante, les cartels, les aides d’État jugées abusives ou illégales (comme celle accordée par Dublin à Apple), validant ou stoppant certaines fusions-acquisitions. 


Margrethe Vestager, alors ministre de l'
Éducation, en novembre 2000, avec l’américain Richard W. Riley à Washington.

Un combat de longue haleine s’engage alors, pas toujours couronné d’un succès immédiat bien sûr car le chemin est long et semé d’embûches : le fisc irlandais n’a toujours pas réclamé son dû à Apple, dix mois après la date butoir fixée par Bruxelles. Mais Margrethe Vestager ne s’avoue pas vaincue. « Elle est opiniâtre et déterminée », souligne le commissaire européen Pierre Moscovici, qui travaille au même étage qu’elle à Bruxelles.

Sa notoriété s’est traduite par exemple par l’ouverture d’un compte Twitter parodique qui représente la commissaire européenne sous les traits d’une reine viking en croisade contre la fraude et l’évasion fiscale, et la surnomme la « reine d’Europe ».
Il faut dire que son tableau de chasse est impressionnant : elle a sommé Amazon de rembourser 250 millions d’euros d'« avantages fiscaux indus » au Luxembourg, a infligé une amende de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante à Google (un record pour l’UE) et a sanctionné cinq entreprises européennes membres du « cartel des camions » ou encore le groupe russe Grazprom.

« Elle répare et je prépare », commente Pierre Moscovici. A elle la traque secrète des entorses aux règles de la concurrence, à lui la préparation d’une « législation européenne future qui évitera de tels abus ». Un tandem de choc  qui dépoussière l’image de l’institution européenne.

Nommée ministre à 29 ans
A 49 ans, Margrethe Vestager a une carrière politique d’une trentaine d’années à son actif. Fille de pasteurs, elle devient ministre de l’Éducation et des affaires ecclésiastiques du Danemark à seulement 29 ans. Neuf ans plus tard, elle prend la tête du parti social-libéral danois (RV). Puis elle devient ministre de l’Intérieur et de l’Économie à 43 ans.

           
Margrethe Vestager et Helle Thorning
L'actrice danoise Sidse Babett Knudsen dans la série Borgen


Elle a inspiré la série Borgen
Son ascension politique a inspiré le personnage principal de la série à succès Borgen à son scénariste Adam Price. Sidse Babett Knudsen, l’actrice qui l’incarne a d’ailleurs suivi Margrethe Vestager lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur et de l’Économie pendant une journée pour mieux cerner le rôle qu’elle devait interpréter.

             
       La reine du tricot                                      En visite au Portugal 


Fan de tricot, elle transporte ses aiguilles et ses pelotes avec elle, même dans son bureau à Bruxelles. « Il paraît que vous tricotez volontiers, » lui demande-t-on dans une interview. Elle exhibe celui qu’elle a commencé et répond : « Oui, en déplacement, ou même en réunion, quand je ne dois pas prendre la parole ou animer. J'écoute très bien quand je tricote. Certains griffonnent, moi je tricote. »

Son collègue le commissaire et ancien ministre Pierre Moscovici commente : « C’est une collègue très agréable, qui ne manque pas d’humour ». S’il fait bon travailler avec elle, elle n’en demeure pas moins « précise, ferme, très sereine. Elle représente bien le Danish way of life (l’art de vivre à la danoise) : elle est directe, simple et calme ».



Des moments difficiles, elle en connaîtra à ce poste si exposé. Elle va sans doute subir la pression de la France et de l'Allemagne pour tenter de réguler en amont les grandes plates-formes Internet. Si Margrethe Vestager se montre intransigeante envers Google, elle sera fortement critiquée par les Américains. Mais si elle se montre trop accommodante, on l'accusera d’être beaucoup trop bienveillante.
Le quotidien d'un commissaire européen.


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mercredi 11 octobre 2017

Le pianiste Thelonious Monk

Référence : Pianiste de jazz, chef d’orchestre et compositeur américain (1917, Rocky Mount – 1982, Englewood)

          
Thelonius Monk au Minton’s Playhouse de New-York en 1941 et en 1968

Trois caractéristiques définissent Thelonious Monk : il fut un compositeur brillant, un musicien hors-norme et un homme énigmatique.
Sur le plan musical, il se distingua de ses contemporains par une approche très personnelle de la structure, du temps et de l’harmonie qui en font l’un des musiciens et compositeurs à l’origine du jazz moderne.

Il créa rapidement son propre groupe, un quartet au lieu du big band à la mode à cette époque et découvre le style « be bop » et les vertus de l’improvisation qui va largement influencer le jazz moderne.
C’est en 1944 qu’il sortit sous le label Blue Note, des morceaux qui deviendront vite des standards, tels que Blue Monk , Straight, no Chaser, Well You Needn’t , et surtout Round Midnight .

           
Thelonius Monk & Miles Davis en 1958        Album "Alone in San Francisco"


Thelonious Monk possède un jeu de piano déroutant, refusant la virtuosité, jouant sur les ruptures de rythme et les dissonances, jouant d’un seul coup un groupe de notes. On lui trouve un style personnel et haché qui attire des musiciens comme Charlie Parker ou Dizzie GillespieCe style personnel et haché attira les meilleurs musiciens de l’époque, comme Miles Davis qui déclarait non sans ironie : « Son utilisation de l'espace dans les solos, sa manipulation d'étranges progressions d'accords m'étourdissaient, me tuaient. Je me disais toujours : ‘Mais qu'est-ce qu'il fout ce con ? »

Il faudra attendre la fin des années cinquante pour qu’il commence à recevoir une reconnaissance internationale aussi bien de la part des musiciens que des critiques. Son groupe, le Thelonious Monk Quartet, dont fait partie le saxophoniste John Coltrane, atteignit enfin le succès, et lui-même fit alors la couverture de Time Magazine.

Il fut baptisé grand prêtre et prophète du « be bop », ce qui ne lui plût guère. Il se retira alors du monde de la musique au début des années 1970 jusqu'à sa mort en 1982 et passa les six dernières années de sa vie loin de la musique de jazz, se réfugiant chez sa bienfaitrice, mécène du jazz moderne, la baronne Pannonica de Koenigswarter, fille de lord Charles Rothschild.
      
Thelonious & Nellie Monk avec John Coltrane

 

Thelonious Monk : chronologie succincte

1944- 47 : Premier enregistrement comme pianiste de Coleman Hawkins puis premier enregistrement sous son propre nom pour le label Blue Note

1954 Première tournée à Paris
1962-64 : Signe avec le label Columbia Records et fait la couverture de Time Magazine
1973 Retraite soudaine de Monk du monde de la musique

Thelonious Monk : principaux enregistrements
1947 "Genius of Modern Music : Volume 1"
1954 "Monk"
1955 "Thelonious Monk plays Duke Ellington"
1956 "Brilliant Corners"
1962 "Monk’s Dream"
1966 "Straight, no Chaser"

Voir aussi
* Ses albums Underground et Alone in San Francisco --

* Thelonius Monk joue avec John Coltrane : Monk-Coltrane --

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