mardi 4 novembre 2014

Tahar Ben Jelloun L’enfant de sable

    Tahar Ben Jelloun

Référence
 : L’enfant de sable, « Tahar Ben Jelloun », éditions Le seuil, septembre 1985, 2-7242-2894-4

« Tahar ben Jelloun nous lance dans une aventure incroyable, mystérieuse, qui semble sortir tout droit des Mille et une Nuits… Conte philosophique, roman, incantation, poème de l’amour fou et du désir, critique de la morale traditionnelle, L’enfant de sable nous rappelle aussi le commencement de toute littérature, qui est l’ivresse de la parole. »
JMG Le Clézio – Le Monde

Roman sur l’identité, Ahmed à l’identité à jamais perdue, ni vraiment homme, ni vraiment femme, sacrifié(é) à la famille et à l’ordre social.

Après avoir eu sept filles, le père décida que la huitième –car ce fut bien sûr encore une fille- serait un garçon, Ahmed son héritier, l’enfant mâle joyaux de la famille et garant de son statut social ; La cérémonie, grandiose, à la hauteur de l’événement, durera sept jours et sept nuits. Il a tout prévu, tout arrangé, dupant tout le monde, scellant un terrible pacte avec le Destin. La mère obéit comme à l’accoutumée, partie prenante, partie prenante, fière pour une fois d’être sollicitée, sourde aux implacables conséquences qui lui seront fatales.

Au soir de sa vie, après la comédie des apparences, Ahmed ne trouvait plus « d’énergie, plus de force pour supporter son image. » Il ne savait plus au juste à quoi il ressemblait, « plus aucun miroir ne lui renvoyait d’image. Même le miroir magique qui scrute les profondeurs de l’âme, « le visible et l’invisible, » ne lui est d’aucun secours. Maintenant que le temps a passé, que ses parents sont morts, qu’il a quitté la maison pour choisir le chemin de l’errance, il rejette ce mensonge qui l’étouffe et lui a gâché la vie. Reste le remords de ne pas avoir eu l’audace de briser « les miroirs qui me tenaient éloignée de la vie, » de transgresser l’ordre social.

Sa fin relève du mystère que tentent de combler Salem, Amar et la vieille Fatouma, nouvelle image de Fatima, la cousine et l’épouse malheureuse d’Ahmed. Les histoires s’enchevêtrent et se recoupent, les personnages sont multiples et se déclinent en plusieurs vies, le temps porte les effluves du jour que disperse la nuit. « Le témoin, c’est la pierre » pense l’auteur, « l’état de la pierre. Chaque pierre est une page écrite, lue et raturée. » Le conteur est là pour délivrer cette femme d’Alexandrie qui se dit de la famille, détentrice du manuscrit, du poids de cette énigme, de celui qui  attendu si longtemps avant de trouver la force de refuser le rôle de mâle qu’on lui avait imposé.

« Je ne pouvais plus simuler une vie qui me faisait honte » confesse-t-il, aspirant à « cette mort heureuse qui ale pouvoir de m’affranchir de tout ce qui pèse sur moi comme une éternelle malédiction. » (page 173) La pleine lune a effacé le manuscrit, espèce de palimpseste lentement dissous, le livre de la vie d’Ahmed, sa biographie s’est diluée dans le temps pour devenir mystère et entrer dans la légende.

       

Bibliographie
* L'enfant des sables, éditions Le Seuil, 1985
* la nuit sacrée, éditions le Seuil, 1987, prix Goncourt
* La nuit de l'erreur, 1997
* Cette aveuglante absence de lumière, 2001
* Le racisme expliqué à ma fille, éditions le Seuil, 2013

Biographies
Alberto Giacometti, 1991, Beckett et Genet, un thé à Tanger, 2010, Gallimard, ISBN 978-2070130030, Jean Genet, menteur sublime, 2010, Gallimard, ISBN 978-2070130191

Voir aussi
* Ma fiche sur son roman La nuit sacrée
* Laurence Kohn-Pireaux, Étude sur Tahar Ben Jelloun, "L'enfant de sable", "La nuit sacrée", Paris, Ellipses, 2000
     
    <<< Christian Broussas - Feyzin - 3 août 2013 - © • cjb • © >>>

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire