samedi 5 septembre 2015

Patrick Modiano, Un pedigree

Référence : Patrick Modiano, Un pedigree, éditions Gallimard/NRF, collection Blanche, 2005

                  
  
« Je suis un chien qui fait semblant d’avoir un pedigree. »


Le premier sentiment de Patrick Modiano, c’est un manque, l’absence de racines, un père originaire de Salonique venant d’une famille juive de Toscane, établie dans l’empire ottoman ; sa mère une belge d’Anvers qui deviendra starlette et actrice.

Ses parents se rencontrent en pleine guerre, en octobre 1942. Lui, recherché, vit du marché noir et a des relations plutôt douteuses. Son manque de goût pour l’introspection et les analyses psychologiques se reportent sur des choses « obscures et mystérieuses » auxquelles il porte un grand intérêt.   

Sans concessions, il décrit sa mère comme « une jolie fille au cœur sec… qui confiait son chien à différentes personnes comme elle le fera plus tard qu’avec moi. » Il ajoute « ma mère, je la voyais rarement. Je ne me souviens pas d’un geste de vraie tendresse ou de protection de sa part. »
 
Cette mère qui vient le voir au pensionnat de Thônes en Haute-Savoie, il la présente comme racontant ses histoires de théâtre, « sous le cabotinage et la fantaisie, le cœur n’était pas tendre. » Toujours à court d’argent, elle n’hésite pas à l’envoyer mendier un peu d’argent à son père ou même ferme les yeux quand le jeune homme est obligé pour vivre de voler des livres pour les revendre. « Certains jours, note-t-il, je ne rapporte rien, ce qui provoque chez elle des accès de colère. »

Le père n’est guère mieux, toujours à magouiller avec des personnages interlopes, voulant jouer un rôle de pater familias sans en assumer la légitimité. Symptomatiques sont à cet égard les lettres comminatoires qu’il envoie à son fils. (pages 117-120)

                    

Patrick Modiano sera balloté de pensionnat en pensionnat, des parents beaucoup trop souvent absents, un père qui fait tout pour s’en débarrasser et avec lequel il va finir par se brouiller définitivement en atteignant sa majorité. D’où ce poids qu’il sentait sur lui, se sentiment d’être « sans cesse sur le qui-vive. »  

Complément : autobiographie et roman (pages 44-45)
« J’écris ces pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n’était pas la mienne. Les événements que j’évoquerai jusqu’à ma vingt et unième année, je les ai vécus en transparence –ce procédé qui consiste à faire défiler en arrière-plan des paysages alors que les acteurs restent immobiles sur un plateau de studio. Je voudrais traduire cette impression que beaucoup d’autres ont ressentie avant moi : tout défilait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma vie. »

Liste de mes articles sur Patrick Modiano :
* Patrick Modiano, biographie -- Quartier perdu --
* L'horizon  --  L'herbe de la nuit  --
Dora Bruder --
* Un pedigree --   

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